mardi 15 décembre 2009

Présidents Saison 2

Nouvelle mouture du classement des présidents, un petit exercice demandé à mes étudiants de Sciences Po chaque année (Cf. ce post précédent). Il s'agit toujours d'évaluer les présidents de la Ve République sur la base de huit critères : la capacité à persuader l'opinion publique, le leadership de crise, la gestion de l'économie, l'autorité morale, les relations internationales, les capacités administratives, la vision/agenda politique, la capacité à garantir la justice pour tous. Les critères doivent faire l'objet d'une évaluation chiffrée de 1 à 10 (on pourrait même imaginer le zéro pointé...), de la même façon que le panel d'historiens américains évaluent les présidents en exercice depuis les débuts de la fédération.

Pas de réelle surprise, si ce n'est que Valéry Giscard d'Estaing précède dans ce classement Georges Pompidou aux 3e et 4e places. Charles de Gaulle est toujours vu par ce groupe d'étudiants comme le "meilleur" des présidents devant François Mitterrand. Jacques Chirac est toujours 5e, mais se "rapproche" quelque peu de Georges Pompidou, tandis que Nicolas Sarkozy est toujours "lâché" (génial, on dirait le compte rendu d'une étape du Tour...).

Chose intéressante, que je n'avais pas relevé dans le précédent classement, Charles de Gaulle est classé premier dans toutes les catégories (y compris la gestion de l'économie...), sauf de façon étonnante pour les "relations internationales", où Jacques Chirac le devance légèrement (Chirac rimera donc pour la postérité avec Irak), tandis que François Mitterrand est vu comme le président ayant fait le plus pour la redistribution et la protection sociale. Autre élément, les trois "qualités" qui font l'objet des évaluations les plus élevées en moyenne sont les "relations internationales", la "capacité à persuader l'opinion" et le "leadership de crise", soit trois des éléments les plus couramment attachés à la fonction présidentielle (où les fonctions institutionnelles biaisent l'évaluation des rôles effectivement joués ?). Enfin, la pire de toutes les évaluations reste "l'autorité morale" de Nicolas Sarkozy avec un indice moyen de 4 (fin de semestre : "Louable constance dans l'effort"...).

Je rappelle à toutes fins utiles qu'il n'est nullement dans mon intention d'accorder une importance extrême à ce genre d'exercice. Il s'agit d'une évaluation collectivement demandée aux étudiants, non obligatoire (17 réponses dans ce cas précis sur les 23 membres du séminaire), qui ne peut évidemment pas être considérée comme objective (ce n'est d'ailleurs pas le propos de l'exercice) ou représentative. Il faudrait dans l'idéal pouvoir croiser ces micro-études avec les sondages d'opinion d'une part, et avec les indicateurs plus "objectifs" de performance des présidents successifs d'autre part (évolution du taux de croissance, variations du chômage, évolutions dans la redistribution, etc.). Cela reste toutefois de mon point de vue un exercice intéressant et original, que je vais continuer à pratiquer. L'idée est de disposer à terme d'un corpus d'évaluations relativement important et qui puisse couvrir plusieurs années, afin de réduire les effets circonstanciels et d'intégrer les inévitables réévaluations qui caractérisent le jugement porté sur les acteurs politiques.

A part ça, Pigalle, la nuit, c'était vraiment bien. Moderat, entendu au Paradise.

vendredi 11 décembre 2009

Moyen terme

Grosse fatigue... Et je ne parle pas (seulement) de la vidéo qui circule sur le net. Mais, c'est quoi, ce truc !!! UMP for Africa ? Une Star Ac' néoconservatrice ? Le dernier espoir du duo Montagné-Barbelivien ? Encore une étape et il faudra arrêter la (science) politique...

Est-ce un effet de la malédiction de mi-mandat ? Amusant de voir resurgir l'un des marronniers de la vie politique, qui veut que la popularité d'un gouvernement atteigne une côte d'alerte à la moitié du mandat présidentiel. Ce qui est frappant dans ce cas précis, c'est la lourde insistance de Nicolas Sarkozy et de son entourage à faire de ce "trend" du cycle électoral une explication des problèmes passés et un facteur d'anticipation des réformes et des conflits à venir. Encore une belle étude de cas sur la nature stratégique du discours politique et sur la dissonance entre les discours et les faits. Finalement, il faudra bien se résigner à relire l'ouvrage de Murray Edelman, Political Language: Words that Succeed and Policies that Fail, où Edelman montrait, schématiquement, que le discours politique n'a pas une fonction pédagogique ou d'information du public, mais vise plutôt à manipuler l'opinion et/ou à voiler les conséquences réelles des actions entreprises. Les spin doctors de Blair, à commencer par Alastair Campbell, doivent en avoir quelques copies surlignées.

Pourquoi cette distance ou dissonance concernant la "malédiction de mi-mandat" ? Parce que cette idée est largement fausse. Si l'on se reporte au tableau suivant, extrait de données publiées par le Journal du Dimanche du 22 novembre 2009 sur la base des enquêtes de l'institut de sondages IFOP, on voit en effet que la popularité est loin d'être dégradée à mi-mandat pour les présidents successivement en exercice au cours de la Ve République.


Seuls les "deux" François Mitterrand se signalent par un nombre encore plus faible de "satisfaits" (mais Nicolas Sarkozy crève le plafond des "mécontents" avec 63 % des sondés...). Le pourcentage de "satisfaits" est même (presque) égal ou supérieur à 50 % des personnes interrogées pour tous les autres présidents avec un maximum de 66 % pour Georges Pompidou à mi-mandat (sur un mandat effectif de 5 ans interrompu par son décès). Même si l'on estime que Nicolas Sarkozy est un président "de rupture" caractérisé par des réformes importantes (ce qui reste à évaluer), donc par hypothèse plus susceptible de générer des mécontentements, ce qui le rapprocherait du "premier François Mitterrand" et de VGE, là encore, les différences sont sensibles, ce dernier recueillant par exemple encore 51 % d'opinions favorables à mi-mandat.

Si cette idée de mi-mandat n'a pas de soubassement véritable dans l'histoire politique française, d'où vient-elle ? Sans doute encore une fois des Etats-Unis, où le "mid-term" est depuis longtemps un moment particulier de la temporalité politique, puisque la moitié du mandat présidentiel correspond au renouvellement de la Chambre des Représentants et d'une partie du Sénat. Dans le système politique américain (je réclamerais volontiers le supplice du pal pour ceux qui emploient le terme "états-unien", très chic ces dernières années dans notre communauté de politistes), le "mid-term" est donc bien une séquence politique importante, qui exprime d'une part l'évaluation "grandeur nature" que le peuple fait du président en exercice, et conditionne d'autre part la seconde moitié du mandat en donnant (ou pas) une majorité favorable au Congrès à l'administration en place. En France, rien de tout cela, sauf à considérer que les prochaines élections régionales, qui ne se situent pas à proprement parler à mi-mandat, constitueront une élection à tonalité nationale, ce qui est contestable.

Alors quoi ? Juste une supposition. Cette "malédiction" qu'il s'agit de combattre serait-elle une nouvelle preuve de l'habileté de l'actuel titulaire à surmonter toutes les difficultés, y compris les mythes politiques créés de toutes pièces ? De manière plus vraisemblable, ces analyses et cette temporalité symbolique signalent l'entrée en campagne pour 2012. En raccourcissant le mandat présidentiel, les révisions récentes ont peut-être également modifié la temporalité politique. La campagne pour les régionales va (mollement) animer les débats politiques début 2010, et ensuite, eh bien, nous serons déjà à deux ans de la présidentielle et il s'agira de commencer à structurer un programme, à sécuriser des alliances et à préparer l'entrée officielle en campagne, sans doute début 2011. Il reste un an aux opposants à Nicolas Sarkozy pour s'organiser, sauf à imaginer d'autres "malédictions" et/ou à inventer de nouvelles temporalités.