Nouvelle mouture du classement des présidents, un petit exercice demandé à mes étudiants de Sciences Po chaque année (Cf. ce post précédent). Il s'agit toujours d'évaluer les présidents de la Ve République sur la base de huit critères : la capacité à persuader l'opinion publique, le leadership de crise, la gestion de l'économie, l'autorité morale, les relations internationales, les capacités administratives, la vision/agenda politique, la capacité à garantir la justice pour tous. Les critères doivent faire l'objet d'une évaluation chiffrée de 1 à 10 (on pourrait même imaginer le zéro pointé...), de la même façon que le panel d'historiens américains évaluent les présidents en exercice depuis les débuts de la fédération.
Pas de réelle surprise, si ce n'est que Valéry Giscard d'Estaing précède dans ce classement Georges Pompidou aux 3e et 4e places. Charles de Gaulle est toujours vu par ce groupe d'étudiants comme le "meilleur" des présidents devant François Mitterrand. Jacques Chirac est toujours 5e, mais se "rapproche" quelque peu de Georges Pompidou, tandis que Nicolas Sarkozy est toujours "lâché" (génial, on dirait le compte rendu d'une étape du Tour...).
Chose intéressante, que je n'avais pas relevé dans le précédent classement, Charles de Gaulle est classé premier dans toutes les catégories (y compris la gestion de l'économie...), sauf de façon étonnante pour les "relations internationales", où Jacques Chirac le devance légèrement (Chirac rimera donc pour la postérité avec Irak), tandis que François Mitterrand est vu comme le président ayant fait le plus pour la redistribution et la protection sociale. Autre élément, les trois "qualités" qui font l'objet des évaluations les plus élevées en moyenne sont les "relations internationales", la "capacité à persuader l'opinion" et le "leadership de crise", soit trois des éléments les plus couramment attachés à la fonction présidentielle (où les fonctions institutionnelles biaisent l'évaluation des rôles effectivement joués ?). Enfin, la pire de toutes les évaluations reste "l'autorité morale" de Nicolas Sarkozy avec un indice moyen de 4 (fin de semestre : "Louable constance dans l'effort"...).
Je rappelle à toutes fins utiles qu'il n'est nullement dans mon intention d'accorder une importance extrême à ce genre d'exercice. Il s'agit d'une évaluation collectivement demandée aux étudiants, non obligatoire (17 réponses dans ce cas précis sur les 23 membres du séminaire), qui ne peut évidemment pas être considérée comme objective (ce n'est d'ailleurs pas le propos de l'exercice) ou représentative. Il faudrait dans l'idéal pouvoir croiser ces micro-études avec les sondages d'opinion d'une part, et avec les indicateurs plus "objectifs" de performance des présidents successifs d'autre part (évolution du taux de croissance, variations du chômage, évolutions dans la redistribution, etc.). Cela reste toutefois de mon point de vue un exercice intéressant et original, que je vais continuer à pratiquer. L'idée est de disposer à terme d'un corpus d'évaluations relativement important et qui puisse couvrir plusieurs années, afin de réduire les effets circonstanciels et d'intégrer les inévitables réévaluations qui caractérisent le jugement porté sur les acteurs politiques.
A part ça, Pigalle, la nuit, c'était vraiment bien. Moderat, entendu au Paradise.
