Une dernière note...

La semaine passée, grand oral à Sciences Po Grenoble. Comme chaque année depuis mon arrivée en 2001, j'occupais la présidence de l'un des jurys pour cette épreuve particulière, puisqu'il s'agit d'interroger les étudiants sur un sujet ou sur un texte généralement liés à l'actualité, avant de dériver vers des questions de connaissance plus générales, qui ont trait aux cours suivis depuis leur entrée à Sciences Po. Par le passé, cette épreuve générait un stress invraisemblable chez les étudiants, non seulement parce qu'elle avait un coefficient élevé, mais aussi parce qu'elle marquait symboliquement la fin de la scolarité. Tous les étudiants et enseignants qui ont vécu l'épreuve ont leur lot d'anecdotes sur les comportements irrationnels (qui s'achevaient même parfois en service psychiatrique...) et sur les pleurs qu'engendrait chaque année l'exercice. Lors de mes premières années à Sciences Po Grenoble, j'avais d'ailleurs acquis la réputation involontaire de faire pleurer au moins une étudiante par session. Avec la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat) et le passage de la scolarité à 5 ans, le grand oral n'est plus qu'une épreuve de la fin de la 3e année, avant que les étudiants partent sous d'autres cieux ou n'intègrent l'un des Masters proposés par l'institution. Même s'il conserve une bonne part de sa charge émotionnelle et de sa particularité, notamment par les efforts vestimentaires qu'il suscite chez les étudiants, l'exercice s'est banalisé. Et c'est très bien comme ça... Les exposés cette année ont été plutôt mieux maîtrisés que par le passé et les discussions bien vécues par les uns et les autres. Les réformes actuellement envisagées ou entreprises dans les différents Instituts d'Etudes Politiques tendent même à renforcer encore un peu plus la banalisation de l'exercice, en rendant formellement plus lisible et sur le fond plus circonscrit le format du grand oral. A ce (petit) niveau, c'est un indice supplémentaire de la spécialisation interne aux formations délivrées par les IEP et de la dilution de la fameuse "culture générale".
Petite note personnelle, il s'agissait là de mon dernier grand oral à Sciences Po Grenoble, puisque je vais rejoindre l'Université de Paris 2 l'an prochain.
Une dernière note mélancolique...

Eluvium - Genius and the thieves

[via FoxyTunes / Eluvium]

Commentaires

bouillaud a dit…
Félicitations pour ton élection à Paris 2. Nous ne sommes pas prés de nous retrouver de nouveau collègues dans la même institution... Dommage.
Yves Surel a dit…
On ne sait jamais... Il me faudra retrouver d'une façon ou d'une autre celui qui aura réussi la synthèse improbable entre "Prof" et "Grincheux"...
Anonyme a dit…
Bonjour,

félicitations pour votre entrée à Paris II, au département de science politique je suppose.
actuellement étudiant dans le curieux M1 de "science-po" (c'est un bien grand mot à Assas!), je vous souhaite bcp de courage:
- pr rester indifférent au mépris affiché d'un certain nombre de juristes, aussi brillants soient-ils, à l'égard d'une discipline qui a l'audace de tenter de s'affranchir (pas encore d'autonomie de la science po à Paris II) de l'impérieux droit public
- pr trouver des professeurs et des enseignants ouverts à vos propos (le CERSA évidemment , surtout avec Jacques Caillosse, Marc Milet certainement; Camille Froidevaux-Metterie aussi;les rares non juristes de ce cursus de façon générale...une dizaine de personnes tout au plus)
- pr tenter de réformer ce dpt tenu par des caciques dédaigneux qui chauffent leurs chaires comme d'autres chauffent,tout aussi inutilement, les bancs de l'assemblée;ce master et ce département boiteux qui ne pèsent rien, même pas dans leur université
- pr donner l'envie à vos futurs étudiants de ne pas se laisser abattre et céder à la pensée dominante de cette fac:hors du droit, point de salut

courage


*MVG*

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