Moyen terme

Grosse fatigue... Et je ne parle pas (seulement) de la vidéo qui circule sur le net. Mais, c'est quoi, ce truc !!! UMP for Africa ? Une Star Ac' néoconservatrice ? Le dernier espoir du duo Montagné-Barbelivien ? Encore une étape et il faudra arrêter la (science) politique...

Est-ce un effet de la malédiction de mi-mandat ? Amusant de voir resurgir l'un des marronniers de la vie politique, qui veut que la popularité d'un gouvernement atteigne une côte d'alerte à la moitié du mandat présidentiel. Ce qui est frappant dans ce cas précis, c'est la lourde insistance de Nicolas Sarkozy et de son entourage à faire de ce "trend" du cycle électoral une explication des problèmes passés et un facteur d'anticipation des réformes et des conflits à venir. Encore une belle étude de cas sur la nature stratégique du discours politique et sur la dissonance entre les discours et les faits. Finalement, il faudra bien se résigner à relire l'ouvrage de Murray Edelman, Political Language: Words that Succeed and Policies that Fail, où Edelman montrait, schématiquement, que le discours politique n'a pas une fonction pédagogique ou d'information du public, mais vise plutôt à manipuler l'opinion et/ou à voiler les conséquences réelles des actions entreprises. Les spin doctors de Blair, à commencer par Alastair Campbell, doivent en avoir quelques copies surlignées.

Pourquoi cette distance ou dissonance concernant la "malédiction de mi-mandat" ? Parce que cette idée est largement fausse. Si l'on se reporte au tableau suivant, extrait de données publiées par le Journal du Dimanche du 22 novembre 2009 sur la base des enquêtes de l'institut de sondages IFOP, on voit en effet que la popularité est loin d'être dégradée à mi-mandat pour les présidents successivement en exercice au cours de la Ve République.


Seuls les "deux" François Mitterrand se signalent par un nombre encore plus faible de "satisfaits" (mais Nicolas Sarkozy crève le plafond des "mécontents" avec 63 % des sondés...). Le pourcentage de "satisfaits" est même (presque) égal ou supérieur à 50 % des personnes interrogées pour tous les autres présidents avec un maximum de 66 % pour Georges Pompidou à mi-mandat (sur un mandat effectif de 5 ans interrompu par son décès). Même si l'on estime que Nicolas Sarkozy est un président "de rupture" caractérisé par des réformes importantes (ce qui reste à évaluer), donc par hypothèse plus susceptible de générer des mécontentements, ce qui le rapprocherait du "premier François Mitterrand" et de VGE, là encore, les différences sont sensibles, ce dernier recueillant par exemple encore 51 % d'opinions favorables à mi-mandat.

Si cette idée de mi-mandat n'a pas de soubassement véritable dans l'histoire politique française, d'où vient-elle ? Sans doute encore une fois des Etats-Unis, où le "mid-term" est depuis longtemps un moment particulier de la temporalité politique, puisque la moitié du mandat présidentiel correspond au renouvellement de la Chambre des Représentants et d'une partie du Sénat. Dans le système politique américain (je réclamerais volontiers le supplice du pal pour ceux qui emploient le terme "états-unien", très chic ces dernières années dans notre communauté de politistes), le "mid-term" est donc bien une séquence politique importante, qui exprime d'une part l'évaluation "grandeur nature" que le peuple fait du président en exercice, et conditionne d'autre part la seconde moitié du mandat en donnant (ou pas) une majorité favorable au Congrès à l'administration en place. En France, rien de tout cela, sauf à considérer que les prochaines élections régionales, qui ne se situent pas à proprement parler à mi-mandat, constitueront une élection à tonalité nationale, ce qui est contestable.

Alors quoi ? Juste une supposition. Cette "malédiction" qu'il s'agit de combattre serait-elle une nouvelle preuve de l'habileté de l'actuel titulaire à surmonter toutes les difficultés, y compris les mythes politiques créés de toutes pièces ? De manière plus vraisemblable, ces analyses et cette temporalité symbolique signalent l'entrée en campagne pour 2012. En raccourcissant le mandat présidentiel, les révisions récentes ont peut-être également modifié la temporalité politique. La campagne pour les régionales va (mollement) animer les débats politiques début 2010, et ensuite, eh bien, nous serons déjà à deux ans de la présidentielle et il s'agira de commencer à structurer un programme, à sécuriser des alliances et à préparer l'entrée officielle en campagne, sans doute début 2011. Il reste un an aux opposants à Nicolas Sarkozy pour s'organiser, sauf à imaginer d'autres "malédictions" et/ou à inventer de nouvelles temporalités.


Commentaires

bouillaud a dit…
Tu as raison sur l'influence américaine dans le récit que l'on nous fait, mais N. Sarkozy fait aussi partie de la génération de politiciens de droite qui a subi les multiples résurrections de François Mitterrand. Il y a clairement comme un reflet de cette période dans cette idée du mi-mandat désagréable, mais dont on sort vainqueur à la fin.Pour l'heure, l'impopularité reste des plus virtuelle : elle n'est que dans les sondages, pas vraiment dans la rue, ni dans les urnes. Tu remarqueras qu'aucun milieu social n'a réussi à faire vraiment entendre son mécontentement depuis 2007 - au sens où les partisans de l'école privée l'avait fait au début des années 1980 brisant l'élan mitterandien.
Anonyme a dit…
Une des choses que je trouve marquante dans le discours public autour de cette "fatigue" de la côte de popularité présidentielle à mi-mandat, c'est, contrairement à vous, qu'il me semble tout à fait récent : on nous le présente comme quelque chose de bien connu (et il l'est effectivement des politistes qui connaissent les théories des élections de second-ordre ou du surge and decline), mais je ne me rappelle absolument pas avoir entendu parlé de ce phénomène dans les médias lors des deux mandats de Jacques Chirac par exemple.

Alors est-ce que j'ai loupé quelque chose ou est-ce qu'on assiste, émerveillés, à la naissance d'un nouveau mythe politique ?
Yves Surel a dit…
A M. B.
Oui, d'accord sur tous les commentaires, notamment sur l'absence de mobilisations collectives. Sur ce point, il faudrait sans doute systématiser ce que disent Labbé et Andolfatto sur les transformations des organisations syndicales. De façon assez nette, cela rappelle l'idée de cartellisation des partis de Katz et Mair et cela pourrait expliquer le "gel" de certains répertoires de l'action collective (Cf. l'évolution tant commentée ces derniers jours de la CGT).

A Anonyme.
Vous avez peut-être raison sur la nouveauté de ce "mythe". En tout cas, l'un des facteurs de changement de ces perceptions et stratégies attachées à la temporalité politique est sans nul doute le mandat à 5 ans et la fin programmée de toute cohabitation. Les législatives ne semblent plus que des élections de "confirmation" (Cf. la baisse du taux de participation entre les présidentielles et les législatives en 2007). Quant au cas particulier de Chirac, son premier mandat a duré... deux ans, pas assez pour parler de mi-mandat.
Comme Mr. Bouillaud et le recit initial le mettent en avant, il y a une 'americaniation' de la politique francaise. Pas seulement au niveau du mi-mandat sur plusieurs domaines...

- Tout d'abord nous assistons a un nouveau modele de politique bipolaire lance precocement par Bill Clinton et sa femme, puis finalement ancre par Barack Obama. Nicolas Sarkozy donne le ton d'un modele francais a l'americaine avec Carla.

- Puis le systeme de resultats s'est democratise, la politique est de plus en plus concerne aux feedback de ce qu'entreprennent les ministres. On a une plus grande transparence des portofolios des differents ministeres.. Il y a un fond de risk/return par rapport aux politiques d'avant..(cf Anonyme l'a tres bien remarque)

- Et enfin, il y a un marketing de plus en plus fort dans les partis politiques. Le President est plus que preponderant dans les tabloids.. Les blogs ont fleuri, les caricatures se dessinent sur toute les pages, et une nouvelle wave est apparue le 'TV spoofing':'sarko info'.. Sans parler des chansons ou l'UMP s'est encore ridiculise alors que les americains ont reussi deux ans auparavant a reprendre une chanson de Lil Wayne "A Millie" en Obama song en faisaint un buzz considerable..

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