Il était temps...

Petite reprise de contact. Parfois, les métaphores semblent avoir une signification "physique" : le temps passe, le temps manque. Il était plus que temps que je revienne ici... En parlant du temps, la temporalité politique semble bien avoir changé avec les primaires "socialistes" ou "citoyennes". L'une des divisions un peu simple faite en science politique repose sur l'opposition entre action publique et action politique. La première désigne l'action gouvernementale, l'élaboration des politiques publiques, ce qui fait l'ordinaire du travail bureaucratique. La seconde recouvre plutôt l'espace électoral, le cycle des élections, les mobilisations partisanes et les évolutions de l'opinion. Les deux s'inscrivent le plus souvent dans des temporalités séparées, d'abord et avant tout parce qu'elles n'ont pas le même rythme. L'action publique est tantôt lente, déterminée par les procédures administratives, tantôt "dans l'instant", en particulier dans les contextes de crise (environnementale, sanitaire, terroriste). L'action politique suit également les événements et les crises, mais elle est plus volontiers réglée par le cycle électoral. Les acteurs politiques "s'activent" en effet à l'approche d'une élection, la conquête ou la reconquête d'un mandat restant l'objectif premier des acteurs politiques professionnels. Dans ce que l'on pouvait concevoir comme "l'ordinaire démocratique", les deux dynamiques se superposaient parfois, mais se trouvaient souvent disjointes. L'action politique restait très circonstancielle, souvent sensible aux événements encore une fois, mais surtout "activée" à l'amorce d'une élection, lorsque les candidats se lancent dans la campagne. L'action publique connaissait moins de creux, faite de routines et de processus quasi-mécaniques de réponse aux demandes sociales. Elle ne se trouvait guère "dévalorisée" que dans les périodes électorales précisément, lorsque l'attention se focalise sur les candidats, sur les mobilisations de l'opinion, sur les débats publics ; il ne s'agit plus alors que "d'expédier" les affaires courantes dans l'attente d'une alternative gouvernementale ou du retour d'une coalition ou d'un président disposant d'une légitimité nouvelle. L'organisation des primaires "citoyennes" a changé cette répartition usuelle du temps politique, en allongeant de façon significative le temps de l'action politique. Le système politique français se trouve ainsi dans une rythmique proche de celle que connaissent les États-Unis avec des mandats relativement courts (le quinquennat a profondément modifié les dynamiques politiques de ce point de vue) et un poids relatif de plus en plus important du temps politique sur celui de l'action publique. Les présidents en exercice, passés les premiers mois de mandat au cours desquels les principales réformes (et les plus impopulaires...) peuvent être entreprises, se projettent rapidement sur leur possible reconduction, dans le cadre de ce que certains politistes appellent la "campagne permanente". Même les choix d'orientation doivent être déterminés par la probabilité que pourrait avoir une option donnée à cliver l'électorat et par la capacité des choix défendus à renforcer la visibilité et la légitimité des "candidats permanents". L'absence de primaires à droite produit cependant en France un effet étrange de campagne asymétrique : le temps de l'action publique est déjà suspendu (tout le monde se contrefout des déplacements présidentiels ou des conférences de presse ministérielles devenues inaudibles), tandis que le temps de l'action politique est tout entier dominé par la campagne entre les six, puis deux, candidats à l'investiture socialiste. Certains leaders à droite l'ont bien compris, qui, à l'exemple de François Fillon, incitent déjà l'UMP à envisager de telles primaires (d'ailleurs prévues dans les statuts du parti, si j'ai bien compris) en 2017. Il est donc assez cocasse de voir Nicolas Sarkozy, sans doute le président qui, pour des raisons institutionnelles (un premier premier mandat à 5 ans) et personnelles (la mise en scène d'un activisme effréné et la volonté permanente de cliver), est le plus caractéristique de ce temps politique étendu, faire autant d'erreur d'interprétation sur les primaires. A l'en croire, les primaires seraient une hérésie au sein d'une Ve République fantasmée, car elles consacreraient la domination des partis et soumettraient les électeurs à des consultations illégitimes. C'est à peu près tout le contraire : elles signalent la dilution des partis classiques dans des dynamiques de participation et de représentation élargies ; elles consacrent la présidentialisation comme point focal de l'action politique. En cela, elles sont parfaitement conformes à la méfiance de Charles de Gaulle à l'égard des organisations partisanes, qui s'accompagnait d'une volonté de contact direct avec le peuple. Bah, sinon, rien, j'ai voté Lana del Rey.

Commentaires

Anonyme a dit…
Lana sort son 1er album, mais d'où lui vient son inspiration ?

http://www.giftcardgrabber.com/lana-del-rey-video-games-did-she-plagiarize-you-decide/

Mais aussi j'aurais voté pour elle...

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